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May 12, 2010 09:04 AM PDT
May 08, 2010 04:36 AM PDT
Un nouveau parti politique vient d’être créé au Maroc, et c’est une mauvaise nouvelle. (cf article LeSoir)
Le « parti de la gauche verte », c’est ainsi qu’il s’est baptisé, est issu du courant Liberté d’initiative du Parti Socialiste Unifié, qui rappelons le est lui-même issu de l’USFP (qui lui-même est issu…enfin bref on arrête là). Les fondateurs de ce parti justifient cette nouvelle création à travers trois arguments :
1. Ils souhaitent que le parti soit doté d’une organisation « fédérale », ce qui semble une innovation technique
2. Ils souhaitent surfer sur la vague Développement durable du moment
3. Ils souhaitent apporter un « cadre de travail » pour des militants associatifs
Hypocrisie et opportunisme
J’apprécie que certains militants innovent en matière de techniques d’organisation d’un parti et j’apprécie surtout que les militants de gauche portent le développement durable à un haut rang de priorité. Il est vrai que les objectifs d’un parti ne sauraient être atteints sans que l’appareil soit structuré de manière sophistiquée et démocratique. Il est vrai aussi qu’il est grand temps que l’écologie occupe le devant de la scène des priorités politiques, que les partis prennent le relais desalertes données par les associations locales de défense de l’environnement. Le projet de charte pour l’environnement, au delà des festivités auxquels il a donné lieu ces derniers jours à Rabat à l’occasion de la journée mondiale de la terre, doit se traduire par des mesures concrètes et contraignantes qui imposent de protéger l’environnement. Cet un enjeu d’une grande importance et nous ne pouvons pas compter sur le seul « Parti de l’environnement et du développement » pour le porter, ce parti ayant passé ces derniers temps à entériner sa fusion avec le PAM puis sa scission de celui-ci.
Néanmoins, je désapprouve totalement cette initiative. J’aimerais dire aux fondateurs de ce nouveau parti et à Monsieur Farès en particulier que ce n’est pas parce qu’un militant à soudain eu une bonne idée qu’il doit créer pour autant un nouveau parti. Cette initiative démontre l’incapacité du courant à observer et à appliquer la logique de la démocratie interne du parti, à s’entendre avec ses pairs et à admettre les compromis et arbitrages inhérent à la vie politique. D’autant plus qu’il s’agit du PSU réputé pour être un des partis au Maroc les plus démocratiques et, à ma connaissance, le seul qui portent des courants en son sein ce qui est aussi une marque de démocratie interne. Si les fondateurs de ce parti étaient à ce point convaincu de la nécessité d’organiser l’action partisane en fédération il aurait fallu militer intérieurement pour cette thèse afin que le PSU adopte cette technique. Aussi, la promotion de l’écologie de gauche n’a pas besoin de la création d’un nouveau parti, il suffit de promouvoir les revendications écologistes concrètes au sein du programme du parti. Quant à l’argument de donner un « cadre de travail » pour les acteurs associatifs, je ne vois pas en quoi est ce que le nouveau parti peut y prétendre plus que le PSU.
Une dernière contradiction dans leur projet est leur souhait de « s’allier avec les autres forces modernistes, démocratiques et progressistes », vont-ils s’allier au …PSU ? Comment expliquer qu’on veuille sortir d’un parti pour s’allier à d’autres ? A mon sens, la seule raison valable à cette initiative est certainement la volonté de se faire voir, alors que l’action politique est sensée être au service de la société, non au service des politiciens.
Seule l’union fait la force
A l’heure où il apparait clair que le projet socialiste et progressiste ne pourrait avoir d’avenir certain au Maroc sans l’union de toutes les forces de gauche, à l’heure où certaines initiatives de partis comme d’associations de jeunes œuvrent pour le rapprochement entre les partis déjà trop nombreux et disparates, la création de ce nouveau parti s’inscrit en porte à faux de l’intérêt de la gauche qu’elle prétend promouvoir.
Nous avons besoin d’initiatives fédératrices, nous avons besoin d’unifier les partis, de faire le bilan des erreurs commises, d’en tirer des leçons pour l’avenir, nous avons besoin de faire en sorte de parler d’une seule voix
aujourd’hui et demain, nous avons besoin de trouver la force de l’union, c’est notre unique voie pour porter le projet de gauche que nous partageons tous. Le seul nouveau parti qui vaudrait éventuellement la peine d’être créé est celui qui fusionnerait ensemble et d’un coup tous les partis de gauche. Je propose donc au courant Liberbé d’initiative d’abandonner cette voie et de poursuivre le militantisme au sein du PSU afin de ne pas compliquer l’énorme travail d’unions des partis démocrates qui nous attend.
February 12, 2010 09:42 AM PST
Les étudiants des instituts publics de formation aux carrières de santé sont inquiets pour leur avenir. Ils étaient quelques 600 à manifester la semaine dernière (le jeudi 4 février) à l’Institut et à l’hôpital universitaire Hassan 2 à Fès. Ce mouvement, suivi par une vingtaine d’autres instituts à travers le Royaume, entend dénoncer l’accord conclu entre le ministère de la santé et la commission de coordination des promotions de 2007 à 2009. Cet accord exclu tout bonnement les étudiants des instituts publics des recrutements à effectuer par le ministère dans ses hôpitaux et ce pour les trois prochaines années. Voilà de quoi saper le moral de ces étudiants pour qui le chômage semble être désormais le seul débouché à leurs efforts. Le syndicat national des étudiants de ces instituts exige d’ouvrir un dialogue avec le ministère de tutelle, mais ce dernier se refuse à entendre ses revendications. Cette manifestation est la 2e du genre après celle du 14 janvier. Si ce dossier n’est pas débloqué, les étudiants risquent de recourir à des mouvements plus radicaux comme une grève de la faim.
Des promesses non tenues, des attentes infondées
Ce gel des recrutements semble curieux alors que les hôpitaux publics souffrent d’un manque patent de personnel qualifié et que le ministère affiche une politique de ressources humaines visant à faire passer le ratio de prestataire de soin de 1,86 à 2,5 pour mille habitants en 2012. Il semble surtout discriminatoire puisque les recrutements demeurent ouverts aux étudiants issus des instituts privés. C’est bien là l’origine du mécontentement des étudiants qui manifestent. Ils ne comprennent pas pourquoi est ce que le même ministère qui leur dispense la formation leur ferme les portes de ses hôpitaux. Ils exigent d’être recrutés en priorité à la fonction publique d’autant plus que les instituts publics de formation aux carrières de santé appliquent des critères qualitatifs d’enseignement et de concours généralement supérieurs à ceux observés MS dans le domaine privé. Il semble y avoir une attente tacite de la part des étudiants sous la tutelle du ministère de la santé qui leur garantirait un poste à la fin de leurs études.
Le ministère de la santé a la responsabilité de gérer les ressources humaines des services publics de santé. Cela veut dire qu’il faut estimer le besoin de personnel notamment dans les hôpitaux publics et de prévoir un contingent d’étudiants en formation pour répondre à ce besoin. Certes, mais est ce que cela signifie que le ministère promet un poste à chaque étudiant dans les instituts relevant de sa tutelle ? Est-ce que cela signifie que la fonction publique dans la santé doit être exclusivement réservée à ces étudiants ?
Clarifier la politique de santé en matière d’enseignement et de recrutement
Il faut faire une nette distinction entre service public de formation et service public de santé. Les jeunes qui souhaitent faire carrière dans la santé doivent certes pouvoir compter sur une formation étatique de qualité, quelque soit leur projet professionnel, qu’il soit tourné ver le public ou le privé. Néanmoins, le ministère de la santé doit signifier à chaque étudiant qu’en lui dispensant la formation il ne lui garanti pas pour autant un travail et un débouché. Les étudiants qui manifestent semblent reprocher au ministère de ne pas respecter ce contrat tacite.
Aussi, l’Etat doit attribuer les postes aux plus méritants, qu’ils soient issus de formations du public ou d’instituts privés, à condition de vérifier scrupuleusement le sérieux de ces derniers à travers des cahiers des charges. Les procédures de recrutements dans les hôpitaux publics doivent être équitables pour tous les étudiants. Elles doivent être transparentes et reposer sur des critères rationnels et objectifs. Ainsi, cela dissipera les tensions entre d’un coté les étudiants des instituts publics et, de l’autre, ceux du privé, tensions qui donnent parfois lieu à des représailles physiques.
Enfin, la santé est un bien qui doit être considéré comme public. Il doit faire l’objet d’un programme massif d’investissement en multipliant le nombre des hôpitaux. A travers ces manifestations d’étudiants, on peut penser que les ressources humaines semblent disponibles. Il ne manque plus qu’à investir dans les édifices et le matériel. Cela créera des emplois pour ces étudiants soucieux de leur avenir et permettra à la population d’accéder plus facilement aux soins. Il revient aux politiques de donner la priorité à un domaine véritablement prioritaire et vital.
January 16, 2010 04:29 AM PST
Ils ont attendu toute la nuit sur le site de Sidi Allal Tazi proche de Kénitra. Ils savaient que la brigade de la gendarmerie les attendait. Après avoir volé et chargé leurs camions de dizaines de tonnes de sables doré, au levé du jour, le convoi tente de franchir de force le barrage. Devant leur détermination, les gendarmes ont ouvert le feu et réussit à intercepté deux véhicules de poids lourd. Les fuyants font l’objet actuellement d’une recherche que j’espère aboutira rapidement à leur interpellation.
Les brigades de lutte contre l’extraction illégale du sable mise en place il y a un peu plus d’un an semblent réussir à lutter, ou du moins, à contrecarrer ce trafic qui n’épargne aucune région et qui dévaste l’environnement du pays. Cependant, certaines initiatives restent à entreprendre pour accompagner cet effort militaire.
Des services corrompus, des lois dépassées
En effet, si les voleurs de sable ont attendu toute la nuit en espérant que le barrage sera levé au matin c’est qu’ils ont été alertés. Des taupes se cachent donc probablement parmi les brigades sapant ainsi l’effet de surprise. La corruption, ici encore, est un poison qui tue notre environnement à petit feu, tandis qu'un grand camion chargé de sable volé arrêté par la gendarmerie s'est avéré appartenir à un député.
Aussi, il y a un grand vide juridique concernant l’interdiction d’extraire le sable sans autorisation. Les poursuites judiciaires actuelles reposent sur un Dahir qui date de l’époque du protectorat, et le code pénal ne prévoit aucune peine pour ces délits. Par conséquent, plusieurs poursuites judiciaires contres des voleurs de sable n’aboutissent pas, ce qui les encourage à récidiver.
Pourtant, l’extraction illégale du sable est malheureusement une pratique qui dure depuis trop longtemps, au grand dam des riverains et associations qui observent impuissants devant le sabotage de l’environnement et incapables de s’opposer à ces mafias qui opèrent même en plein jour. Néanmoins, suite au discours du Trône 2009, le ministère de l’environnement est en charge d’élaborer une charte de l’environnement. Cette charte, selon la ministre Mme Benkhadra, « instituera des principes fondamentaux, notamment ceux du développement durable, de la notion du droit environnemental, de la participation et de l'engagement ». La France a adopté une charte de l’environnement qui aujourd’hui a la même valeur juridique que la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789.
Des hommes, des yeux et des lois pour protéger notre terre
Une enquête interne doit être menée afin d’identifier les taupes qui alertent les voleurs lorsque les brigades organisent une descente. Des méthodes pratiques d’isolation et de changements des équipes peuvent être utilisées secrètement pour les repérer. Une fois identifiés, il faut en profiter pour aider les brigades à les mener jusqu’au mafieux avec lesquels ils collaborent. De là, il faut remonter toute la filière de trafic du sable volé et découvrir les entreprises qui alimentent ce funeste marché afin de le démanteler. Aussi, le dispositif de traçabilité mis en place par le gouvernement doit être élargi au secteur privé.
Par ailleurs, les sites victimes d’extraction illégale doivent être identifiés sur tout le territoire si ce n’est pas déjà fait. Une surveillance de ces sites peut être facilitée en installant discrètement des caméras infrarouges sur chacun d’entre eux, et en les connectant à des postes de brigade de la gendarmerie prêtes à intervenir lorsque les voleurs se pointeront.
Enfin, s’agissant de la charte de l’environnement, qui doit être finalisée en Mars prochain, à coté du volet « économie verte » de ce programme qui tourne autour de l’énergie, il est indispensable d’établir les bases juridiques de protection de l’environnement, notamment pour les plages et les dunes qui sont vitales pour leurs écosystèmes. Une loi doit être promulguée interdisant clairement la participation à n'importe quel niveau au trafic illégal du sable. Le désastre provoqué par FADESA à Saïdia sur le sable mais aussi sur tout l'environnement (voir vidéo ci-dessous), avec la bénédiction du gouvernement, est une erreur qui doit nous servir de leçon pour l'avenir et éviter ainsi à la plage blanche de Goulmime de subir le même sort. Car plus que des brigades de gendarmerie, c’est bien l’état de droit qui doit se dresser devant les pilleurs de sable.
January 10, 2010 01:37 PM PST
Après une journée de cours dispensés à l’Institut Annasr de Aïn Aouda (Temara), trois enseignantes se dirigent vers la sortie où elles subissent l’assaut à l’arme blanche d’une bande de délinquants. Une d’elles n’arrive pas à fuir. Il est environ cinq heure de l’après midi lorsque cette victime s’effondre suite aux coups et blessures qu’elle reçoit, dont une hémorragie à la tête. Elle aurait certainement pu y laisser la vie si des personnes sur place n’avaient pas eu le courage de chasser les assaillants et de la porter aux urgences*. Aujourd’hui en convalescence, cette dame se demande probablement si elle censée risquer sa vie et son intégrité physique pour exercer son noble métier.
Un cri d’alerte au grand jour pour protéger l’école
Malheureusement, ce fait divers n’est pas isolé. L’école est devenue ces dernières années un terrain privilégié pour les agresseurs, voleurs et autres dealeurs de drogue. La majorité des villes du Royaume sont concernées. Les élèves sont serrés à la sortie des classes, pour un portable ou un iPod. Les filles subissent harcèlement sexuel et moral, pendant que les dealers sévissent sur des mineurs forcément naïfs.
Si la montée de la violence dans les rues peut être expliquée entre autres par le manque d’éducation et les frustrations sociales, il n’est pas normal d’abandonner l’école à ce sort. Comment s’expliquer que les agences bancaires et les magasins de commerce par exemple sont tous gardés par un vigil alors que les écoles ne sont pas gardées ? L’enseignement serait-il moins important que la monnaie et le shopping ?
Heureusement, certaines initiatives aboutissent ici et là. Le lycée Lyautey a mis en place un système de sécurité privé qui a réduit significativement l’insécurité à ses portes. Le lycée El Ouaha quant à lui a bénéficié d’agents de sécurité affectés par les autorités tandis que des associations de parents d’élèvent du lycée Khenata Ben Bakar à Casablanca ont pris l’initiative d’instaurer un système de sécurité. Ce sont des mesures efficaces, mais combien de lycées marocains demeurent sans protection ? Combien d’autres drames comme celui de cette enseignante à attendre avant de prendre des mesures d’envergure ?
Un gardien pour l’école, un éducateur pour les délinquants
Il doit être inscrit dans la charte ou le cahier des charges de tous les établissements scolaires de mettre en place d’un système garantissant la sécurité des élèves et du corps enseignant. Les écoles privées doivent engager des vigils ou une entreprise de sécurité. Les écoles publiques doivent pouvoir bénéficier systématiquement d’agents fournis par les autorités. Ce personnel doit être en mesure d’assurer la sécurité et de collaborer avec la police pour la traque des délinquants et des dealers de drogue.
Puisque tous les élèves n’ont pas la chance d’être attendus par une voiture pour les accompagner chez eux, les écoles doivent être obligées d’assurer le transport des élèves et du personnel. Des bus faisant des rondes par quartier faciliteront leur vie quotidienne. Le coût de fonctionnement de ces bus ainsi que des agents de sécurité serait certainement inférieur à celui de l’insécurité. Il aurait été préférable pour tout le monde que l’Etat se charge de la sécurité de cette enseignante plutôt que de lui payer aujourd’hui son arrêt maladie qui s’est imposé à elle et dont elle se serait bien passée.
Enfin, le mal, dont cette délinquance est un symptôme, doit être traité à la source. Des éducateurs de rue doivent être employés afin d’aborder les jeunes errants et de les aider à s’orienter vers une voie plus saine pour eux. C’est que la violence qui surgit d’une personne n’est que peu de choses à coté de la souffrance qui brûle en elle.
January 06, 2010 04:19 AM PST
En route pour une escapade dans le désert marocain, je suis passé par le village de Kelaât m’gouna. J’avais entendu parler depuis longtemps de la fameuse roseraie de cette région et de l’industrie locale qui l’exploite. L’envie me prit de m’arrêter pour acheter certains produits locaux faits à base de ces roses, pour les offrir mais aussi et surtout pour soutenir cette sympathique économie. Eau de rose donc mais aussi savons, crèmes, parfums et même shampoings, une panoplie de produits sont faits à base de cette fleur que des petites boutiques indépendantes écoulent.
En regardant de près, j’ai remarqué que, pour la plupart des produits, les emballages sont rudimentaires (comparé à des produits de grandes surfaces) et que les informations inscrites ne contiennent ni les ingrédients ni l’entité qui a fabriqué le produit. Il fallait donc se renseigner auprès du revendeur sur leur qualité et authenticité, et faire confiance donc à ses paroles de commercial. Mon élan de patriotisme économique s’est alors heurté à une suspicion sur les produits. Ces produits peuvent contenir autre chose que des extraits de roses de Kelaât m’gouna, pire ils pourraient être dangereux pour la santé.
Une fragile authenticité des produits, une identité capitalistique confuse.
C’est que les produits nationaux même artisanaux sont sujets à la contrefaçon et à l’arnaque. Par exemple, les petites bouteilles d’huile d’argan ou de nigelle vendus par les petites boutiques peuvent ne contenir qu’une vulgaire huile de table, et rien sur le produit ne permet de contacter le producteur pour s’en plaindre. Cela suscite la méfiance parmi les touristes, mais aussi parmi les marocains qui souhaitent « acheter marocain ».
Le patriotisme économique signifie préférer acheter des produits locaux plutôt que des produits étranger. C’est moins de la xénophobie que de la rationalité économique. En effet, lorsqu’on achète un produit importé, cela participe au déséquilibre de la balance commerciale nationale et à la sortie des précieuses devises (je passe sur l’empreinte carbone), ce qui se traduit le plus souvent par des répercussions économique sur les contribuables. Lorsqu’on favorise une entreprise marocaine, nous pouvons supposer que l’argent gagné par cette dernière ne sera pas évacué à l’étranger, et continuera donc à circuler à l’intérieur des frontières. Le must c’est quand il s’agit d’une entreprise publique c'est-à-dire qui appartient à tous les marocains. A titre d’exemple, si on veut « acheter marocain » aujourd’hui un abonnement téléphonique ou internet, on devrait choisir Meditel, puisque c’est désormais le seul opérateur dont le capital soit 100% marocain, IAM étant à moitié française et Wana désormais à 31% koweitienne.
La marocanité d’autres produits est plus évidente, comme l’huile d’olive, Oulmès, la RAM, etc. Le textile est particulièrement un secteur dont nous disposons d’un certain savoir faire. Des marques comme Marwa et Morrocan touch misent sur la marocanité des modèles, mais les prix sont souvent en décalage avec le pouvoir d’achat de la majorité des concitoyens.
De la nécessité d’investir dans l’économie locale
Les produits marocains doivent être protégés de l’arnaque commerciale. Une agence nationale de certification de l’authenticité doit se charger de garantir la traçabilité et de protéger la qualité des produits en attribuant des labels type « Appellation d’origine contrôlée ». L’emballage des produits et leur commercialisation doivent donner des gages de garanties pour gagner la confiance des consommateurs, ce qui encouragera l’achat et bénéficiera donc au véritables producteurs.
Il n’y a pas que les citoyens qui devraient être encouragés à acheter marocain, l’Etat aussi se doit de préférer les produits et les services marocains avant de chercher à l’étranger. Je ne m’en cache pas, c’est un clair appel au protectionnisme car les règles de concurrence internationale relèvent d’avantage d’une politique opportuniste et de subventions que d’un model libéral de concurrence pure et parfaite. Les concessions de distribution des eaux et de l’électricité par exemple doivent revenir dans le giron marocain voire public en reprenant le savoir faire et les dispositifs mis en place par les concessionnaires étrangers. Nous disposons aujourd’hui des hommes et des moyens pour se charger nous même de ces services, pourquoi continuer alors à recourir à des entreprises étrangères ? Idem pour les concessions de transports publics. Ces deux secteurs sont en particulier concernés car il s’agit de services publics et ils ne doivent donc pas être soumis à la logique économique de marché et de profits, car cela entraine une augmentation inexorable des prix afin de rémunérer le concessionnaire et son capital. Les autres exemples sont légions en la matière comme la corniche d’Agadir tapissée avec des pavés espagnols ou les fontaines de Fès conçues par des bureaux d’architectes étrangers. Aucune logique économique ne devrait amener à favoriser des entreprises étrangères à des entreprises marocaines même si le prix et la qualité ne sont pas identiques. Car c’est en payant le différentiel de prix que nous encouragerons l’économie locale à se développer et à acquérir un savoir faire équivalent aux concurrents étrangers.
December 30, 2009 03:43 AM PST
Une grève dans le secteur des transports, dont la date sera vraisemblablement annoncée le 4 janvier, se profile sur fond de désaccord entre les instances politiques et représentatives.
Nous nous souvenons encore des débrayages massifs qui ont été tenus durant le printemps dernier par les transporteurs routiers, alors que le ministre de tutelle avait tenté de faire passer un code de la route dont le seul mérite est d’être inspiré du code suédois. Depuis, on a laissé l’eau couler sous les ponts et entrepris cette fois d’ouvrir une démarche de dialogue social avec les principaux concernés du secteur.
Adopté en janvier dernier par la chambre des représentants, le projet attend aujourd’hui de passer le cap de la chambre des conseillers.
Un dialogue social mal organisé et peu maitrisé
L’Union des syndicats professionnels du secteur du transport déplore que les réunions de négociation aient compris uniquement les syndicats locaux de Casablanca, excluant de fait du dialogue les représentants syndicaux du reste du Royaume. Le secrétaire générale de cette Union n’exclut pas d’appeler à des grèves même si le projet est adopté par la chambre des conseillers.
Pourtant, d’après l’article d’assabah, les amendements négociés ont fait aboutir certaines revendications des syndicats. Le montant de certaines amendes ainsi que la durée de retrait du permis (un an initialement) ont été divisés par deux. Le nombre des points du permis est passé de 24 à 30, et les points à enlever lors d’infractions ont été diminués. Ces amendements ont certes été vus et approuvés par des associations professionnelles du secteur routier qui ont tenu une réunion mercredi dernier au ministère du transport, mais pas par les principaux syndicats.
Ces derniers, sous la houlette de l’ODT, exigent que leurs revendications soient prises en compte et discutées à la chambre des conseillers. Selon l’article d’Almassae, ils souhaitent que ce projet dépasse le cadre du code de la route pour s’élargir notamment à d’autres considérations comme l’établissement d’un statut des professionnels du secteur et l’affiliation à la CNSS. Ils ont même élaboré un « manifeste de bonne conduite » à paraitre prochainement qui se veut un substitut au projet de code de la route. Ce manifeste comprend une série de mesures procédurales, sociales et disciplinaires.
Le progrès social passe par la mise en collaboration de tous les acteurs sociaux
Il n’est pas juste d’exclure les centrales syndicales des autres régions que Casablanca dans les négociations du projet de loi, même si cela ne facilitera pas le passage à la chambre des conseillers. Il est illusoire de croire que les représentants exclus se résigneront au silence en laissant d’autres personnes décider pour leur sort. Il est essentiel que ce projet voie l’ensemble des représentants sociaux y collaborer.
La route continue à apporter chaque jour son lot de victimes des chauffards, mais le projet de code la route ne doit pas passer à la chambre des conseillers avant d’avoir l’aval de l’ensemble des centrales syndicales. En tentant de passer en force, le gouvernement se retrouve aujourd'hui avec un front de 58 organisations syndicales qui s’apprêtent à lancer un mouvement « sans précédent ». En essayant de faire vite, le gouvernement risque de nous faire perdre encore six mois de conflits. L’urgence ne justifie pas la précipitation et le bâclage des travaux, mais la concertation et le sens des responsabilités.
Les syndicats quant à eux ne doivent pas s’illusionner avec un projet de code ou de manifeste parallèle. Ils doivent apporter leur idées et propositions lors des tables de négociations et les défendre avec des arguments logiques et non uniquement avec des menaces de grèves. La réforme ne se fera pas en dehors du gouvernement et du parlement, mais il serait en effet opportun de voir plus grand que la réforme du seul code de la route. La chambre des conseillers propose de réformer également les prestations des auto-écoles, il serait en effet bon moderniser cette formation et d’assainir la triche qui y sévit par moment.
Dans la mesure où ce projet de code de la route a fait plancher les instances politiques sur l’environnement des routiers professionnels, il serait aussi opportun d’accompagner cette occasion par une réforme des dispositions sociales de cette catégorie de travailleurs. En proposant d'améliorer leurs conditions sociales, le gouvernement peut trouver un moyen de persuader des routiers d'accepter un nouveau code de la route plus sévère et plus stricte.
December 21, 2009 09:04 AM PST
La pollution agricole est un crime contre la santé des hommes et l’environnement
La ville de Youssoufia ne compte que ?? habitants mais elle est encerclée d’entreprises industrielles liées à l’Office chérifien du phosphate. Les déchets des uns et des autres se déversent sans retraitement dans un cours d’eaux usées à travers la forêt d’eucalyptus environnante. Cette dernière souffre ainsi d’une pollution dont les dégâts sont plus forts que l’odeur qui s’en dégage.
Mais cela n’est, si j’ose dire, que l’arbre qui cache la forêt. D’après l’article de Mohamed Elâoual paru dans Assabah, ce cours d’eaux usées est utilisé par les agriculteurs afin d’arroser leurs champs. Les melons, pommes de terre et autres légumineuses produites tout au long de l’année sont ainsi polluées par ces eaux. Ces produits sont ensuite vendus dans les marchés de la région et se confondent avec les autres produits sainement cultivés. Cela est dangereux pour la santé des personnes et des bêtes qui consomment les produits pollués. Il y a trois déjà, quelques 14 vaches habituellement nourries de ces produits pollués ont en fait les frais après que leurs foies et appareils digestifs aient été endommagés.
Cela ne semble pas alerter les agriculteurs qui s’organisent autour de l’exploitation de ces eaux usées ni les autorités locales qui refusent d’intervenir pour mesurer et interdire cette pollution, ou de mettre sur pied la station d’épuration des eaux.
Des lois et des programmes en instance
Pourtant, des lois interdisent cette pollution. La loi 10-95, qui date de 1995, a été promulguée afin de « réglementer les activités susceptibles de polluer les ressources en eau ». Elle a, de plus, institué le Conseil supérieur de l’eau et du climat dont les attributions inclus « la protection et la conservation des ressources en eau ». Elle soumet à autorisation « les prises d'eau établies sur les cours d'eau ou canaux dérivés des oueds ». Le chapitre VI est entièrement consacrée à la lutte contre la pollution de l’eau et l’article 84 stipule explicitement que « l'utilisation d'eaux usées à des fins agricoles est interdite lorsque ces eaux ne correspondent pas aux normes fixées par voie réglementaire ». C’est le cas des eaux usées de Youssoufia, de l’avis des acteurs associatifs locaux.
Néanmoins, ces agriculteurs n’auraient probablement pas agi de la sorte s’ils disposaient de solutions plus pratiques pour irriguer leurs cultures. Aussi, la ville de Youssoufia n’est pas une épave abandonnée. Elle a bénéficié dans le cadre de l’INDH de programmes d’aménagements et sociaux importants d’un montant d’1,2 milliards de DHs. Le Roi s’est même déplacé il y a un peu plus d’un an pour s’enquérir de l’avancement des travaux incluant les réseaux d’assainissement.
Pour une responsabilisation des acteurs locaux envers l’environnement
La réforme de la justice, selon Mr Radi son ministre de tutelle, passe par le recrutement de centaines d’agents chaque année et la construction de nouveaux tribunaux. C’est probablement vrai mais il est certain que la réforme de la justice passe avant tout par son application stricte et systématique, d’autant plus que la santé des citoyens et de l’environnement est menacée. L’Etat de droit doit s’imposer dans ce microcosme à Youssoufia où les élus locaux semblent complaisants devant les agissements illicites des agriculteurs. Des campagnes de sensibilisation sur les dangers de cette pollution doivent être déployées. Les sanctions prévues par la loi doivent être communiquées et appliquées pour ceux qui persisteraient dans le délit. Ces mesures devraient être accompagnées, dans l’idéal, par des solutions alternatives pour les agriculteurs en termes d’accès à l’eau pour irriguer leurs champs, telles que des aides pour le forage de puits.
Par ailleurs, si on peut supposer que les agriculteurs puissent ignorer le code de l’environnement et les enjeux de cette pollution à laquelle ils prennent activement part, il en est autrement des autorités locales. Des enquêtes administratives doivent être menées afin d’établir dans quelle mesure les élus locaux sont responsables de cette pollution. On ne saurait attendre une bonne gouvernance de la commune si les manquements aux devoirs de certains ne sont pas dûment punis.
Enfin, les travaux pour la mise en œuvre de la station d’épuration des eaux de Youssoufia semblent stoppés en raison de « problèmes techniques ». Devant de tels enjeux pour la santé et l’environnement, aucun problème technique ne devrait entraver la réalisation de cette station, sinon cela débouchera sur des problèmes sanitaires. Il est indispensable que les institutions chargées de surveiller la qualité des sources d’eau veillent à ce que chaque cours d’eaux usées dans le Royaume soit traité par une station. En effet le cas de la ville de Youssoufia n’est pas isolé, la ville de Chamaîya souffre du même problème. Il est urgent pour la santé de tous d’installer des stations pour traiter les eaux usées à l’instar de la station de pompage « Oued Lihoud » inaugurée jeudi dernier à Tanger. Le ministère de l’environnement et celui de la justice doivent peser de tout leur poids pour imposer l’Etat de droit.
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